Novembre 2009, Auschwitz.

Je marche à quelques pas du groupe d'élus que j'accompagne depuis Colombes, en région parisienne. Je suis ici en ma qualité de photographe de la ville, pour relater ce voyage dans le journal municipal.
Mais je suis aussi en Pologne pour une raison plus personnelle ; mon grand-père est né non loin d'ici, à Cracovie, où je ne suis jamais venu. Émotionnellement, je suis dans une disposition qui me rend sans doute encore plus réceptif à l'incroyable puissance évocatrice des murs et barbelés qui subsistent encore, de ce qui fût le plus grand camp de concentration conçu par les nazis.
Si bien que j'ai ressenti très vite le besoin de demeurer quelques pas en arrière, à distance du groupe qui boit les paroles du guide qui les conduit d'une salle à l'autre, d'une baraque à une autre. J'assure machinalement mon travail de photographe officiel, mais je fais aussi « mes » images, celles qui traduisent la complexité des émotions qui me sidèrent.
Poser un pied sur la rampe de débarquement, où furent triés ceux qui devaient mourir tout de suite, dans les chambres à gaz, et ceux qui devaient travailler jusqu'à l'issue fatale, est une expérience d'une violence indescriptible.
Nous errons en ce lieu peuplé d'ombres sans pouvoir en saisir la monstrueuse absurdité. Notre présence y est tout à fois incongrue, et nécessaire.

November 2009, Auschwitz.

I walk a few steps from the group of elected I accompany from Colombes in the Paris region. I am here as a photographer from the city, to relate this trip in the municipal newspaper.
But I am also in Poland for a more personal reason; my grandfather was born not far from here in Cracow, where I never came. Emotionally, I am in a position that no doubt makes me even more receptive to the incredible evocative power of the walls and barbed wire that still exist, from what was the largest concentration camp conceived by the Nazis.
So that I felt very quickly the need to stay a few steps back, away from the group that drinks the words of the guide who leads them from one room to another, from one house to another. I mechanically insure my work as an official photographer, but I also do "my" images, those that reflect the complexity of the emotions that stifle me.
To put one foot on the landing ramp, where were sorted those who were to die immediately, in the gas chambers, and those who were to work until the fatal outcome, is an experience of indescribable violence.
We wander in this place peopled with shadows without being able to seize the monstrous absurdity. Our presence is incongruous and necessary.
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